Auto-anticorps et syndromes post-infectieux : les découvertes du Pr Iwasaki
Webinaire SolveME – Akiko Iwasaki
Auto-anticorps fonctionnels et Syndromes post-infectieux
Présentatrice du webinaire
Le webinaire est animé par Emily Taylor, présidente et directrice générale (CEO) de SolveME. Elle présente le programme, le financement et interviewe ensuite la Pr Akiko Iwasaki.
Contexte du webinaire
SolveME a lancé en mai un nouveau programme de “Catalyst Awards” pour accélérer des projets de recherche qui ont déjà fait des avancées importantes sur l’EM/SFC, le Covid long et les syndromes associés. L’étude présentée ici, « Probing Functional Autoantibodies in Patients with ME/CFS », est le premier projet lauréat. Elle est dirigée par la professeure Akiko Iwasaki (Yale, Center for Infection and Immunity, Howard Hughes Medical Institute).
🩵 L’essentiel
🔹 Le webinaire est organisé par SolveME et animé par sa présidente Emily Taylor, qui interviewe la professeure Akiko Iwasaki (Yale, HHMI), spécialiste des mécanismes post-infectieux.
🔹 Iwasaki rappelle que de nombreux syndromes post-infectieux existent après des infections virales, bactériennes ou parasitaires, avec des points communs importants avec l’EM/SFC et le Covid long.
🔹 Elle décrit quatre mécanismes possibles : réservoir viral persistant, auto-immunité, dommages tissulaires difficiles à réparer et réactivation d’herpès-virus.
🔹 Les données immunitaires présentées montrent des marqueurs récurrents : cortisol du matin bas, lymphocytes T épuisés, anomalies hormonales et signes de réactivation virale comme EBV.
🔹 Les auto-anticorps fonctionnels sont étudiés car certains se fixent sur des tissus nerveux, les méninges ou des régions cérébrales, et pourraient contribuer directement aux symptômes.
🔹 Dans des expériences chez la souris, transférer les IgG de certaines patientes et certains patients déclenche hypersensibilité, perte de fibres nerveuses et activation des circuits de la douleur.
🔹 Iwasaki évoque plusieurs pistes thérapeutiques : inhibiteurs du FcRn pour réduire les IgG, traitements visant les cellules B, immunoglobulines et rapamycine.
🔹 L’objectif est d’identifier des sous-groupes biologiques afin de proposer des traitements adaptés, car les mécanismes peuvent varier fortement d’une personne à l’autre.
Une famille de maladies post-infectieuses
Iwasaki rappelle qu’il existe de nombreux syndromes post-infectieux très proches du Covid long et de l’EM/SFC, après des infections comme Ebola, dengue, polio, SARS, chikungunya, EBV, mais aussi des infections bactériennes et parasitaires. Certains de ces syndromes n’ont même pas encore de nom officiel, mais des études les ont déjà décrits.
Elle cite une revue scientifique qu’elle a coécrite avec Jan Choutka (patient-chercheur) et Mady Hornig, qui rassemble les preuves de multiples syndromes post-infectieux déclenchés par divers pathogènes.
Avant la pandémie, environ 65 millions de personnes vivaient déjà avec l’EM/SFC. Le Covid long pourrait concerner 400 millions de personnes dans le monde. Une part importante des patients est alitée ou confinée à domicile. Les syndromes post-infectieux touchent surtout les femmes et les adultes d’âge moyen, mais peuvent aussi atteindre des enfants, souvent non reconnus. Pour Iwasaki, il s’agit d’un problème de santé publique majeur, social, économique, et même de sécurité nationale.
Quatre racines biologiques possibles
Iwasaki propose au moins quatre “rouages” biologiques qui peuvent se combiner différemment selon les patients :
🔹 Réservoir viral persistant : le pathogène n’est pas complètement éliminé après la phase aiguë.
🔹 Auto-immunité : l’infection déclenche des auto-anticorps et des lymphocytes T auto-réactifs.
🔹 Dommages et reprogrammation des tissus : lésions vasculaires, coagulation, microglie reprogrammée.
🔹 Réactivation de virus latents : EBV et autres herpès virus qui alimentent inflammation et auto-immunité.
Chez certains malades, tous les rouages tournent en même temps, chez d’autres un seul domine.
Covid long : données fortes qui rejoignent l’EM/SFC
Avec l’équipe de David Putrino (Mont Sinai), Iwasaki a constitué une cohorte de Covid long, de contrôles convalescents et de témoins sains, avec analyses immunitaires détaillées, protéomique plasmatique et profils d’anticorps.
Les principaux résultats :
🔹 Lymphocytes T “épuisés”, suggérant une exposition chronique à un antigène.
🔹 Cortisol du matin nettement diminué, sans augmentation de l’ACTH.
🔹 Anomalies hormonales : testostérone et estradiol altérés.
🔹 Réactivation virale : anticorps EBV et VZV augmentés.
🔹 Un modèle IA distingue Covid long et contrôles avec grande précision.
Emily Taylor souligne que ces résultats “collent” fortement avec ce que l’on sait déjà de l’EM/SFC.
Focus sur les auto-anticorps
Le cœur du webinaire est l’étude de l’auto-immunité dans le Covid long, avec l’idée d’appliquer les mêmes outils à l’EM/SFC.
1. Coloration de tissus humains et murins
Les IgG purifiées se fixent sur des régions du cerveau humain et sur des tissus nerveux de souris. La réactivité sur les méninges murines est corrélée aux céphalées.
2. Criblage HuProt (21 000 protéines humaines)
Les patients Covid long ont :
– beaucoup plus d’auto-anticorps,
– des profils très hétérogènes,
– plus d’auto-anticorps = plus de symptômes et d’organes atteints.
3. Transfert passif d’IgG chez la souris
Les souris recevant des IgG de patients développent : hypersensibilité thermique, perte de fibres nerveuses, hausse du NfL, activation cérébrale des circuits de la douleur.
Pour Iwasaki, reproduire la douleur chez la souris après transfert d’IgG constitue une preuve forte de causalité.
Prochaines étapes : Covid long et EM/SFC
Le financement permet :
– d’identifier quels auto-anticorps sont suffisants pour induire la douleur,
– de reproduire les transferts d’IgG dans l’EM/SFC,
– de préparer des essais cliniques ciblant l’auto-immunité.
Pistes thérapeutiques : inhibiteurs du FcRn, déplétion des cellules B, IVIG/SCIG, rapamycine.
Quel statut pour l’EM/SFC ?
Iwasaki précise que tous les patients n’ont pas d’auto-anticorps élevés, mais chez ceux où le transfert d’IgG reproduit la douleur, le lien causal est crédible.
Elle insiste sur :
– les analyses séparées femmes/hommes,
– les impacts hormonaux,
– l’importance du système immunitaire comme point central.
Pour les patients EM/SFC à début non infectieux, le réservoir viral n’est peut-être pas impliqué, mais les autres rouages (auto-immunité, inflammation, réactivation virale, génétique, environnement) peuvent suffire à déclencher la maladie.