IACFS/ME 2025 — Nouvelles pistes thérapeutiques dans l’EM/SFC et le COVID long
L’article publié le 7 novembre 2025 dans Medscape Medical News par Miriam E. Tucker résume les présentations clés de la conférence internationale IACFS/ME.
Cette synthèse revient sur les avancées majeures concernant les mécanismes immunitaires, métaboliques et énergétiques de l’encéphalomyélite myalgique (EM/SFC) et du COVID long, ainsi que sur les essais thérapeutiques en cours.
1. Contexte
La conférence internationale IACFS/ME 2025 a réuni les chercheurs les plus impliqués dans l’étude de l’encéphalomyélite myalgique et du COVID long. L’article de Miriam E. Tucker, publié dans Medscape Medical News, présente les points clés de ces échanges. Les intervenants ont exploré la physiopathologie complexe de ces deux maladies qui se recoupent et les nouvelles pistes thérapeutiques émergentes.
🩵 L’essentiel
🔹 L’article de Medscape Medical News (Miriam E. Tucker, 7 novembre 2025) résume les principales présentations de la conférence IACFS/ME 2025.
🔹 Les chercheurs confirment la complexité multisystémique de l’encéphalomyélite myalgique (EM/SFC) et du COVID long, touchant les systèmes nerveux, immunitaire, circulatoire, endocrinien et métabolique.
🔹 Luis Nacul souligne que les anomalies du système immunitaire et du système nerveux semblent précéder les autres et devraient devenir les principales cibles thérapeutiques.
🔹 Carmen Scheibenbogen et Øystein Fluge défendent l’hypothèse d’un sous-groupe auto-immun, avec présence d’auto-anticorps et efficacité partielle des thérapies ciblant les cellules B.
🔹 Des essais cliniques testent actuellement plusieurs approches : immunoadsorption, anticorps monoclonaux (ublituximab, inebilizumab, daratumumab) et naltrexone à faible dose.
🔹 Suzanne Vernon explore le rôle de l’oxaloacétate, un métabolite mitochondrial impliqué dans la production d’énergie, dont la supplémentation pourrait réduire la fatigue.
🔹 Ces recherches ouvrent la voie à une médecine de précision, où les traitements seraient adaptés aux sous-groupes biologiques de l’EM/SFC et du COVID long.
2. Compréhension actuelle de la maladie
Le docteur Luis Nacul a expliqué que la compréhension de la physiopathologie de l’EM/SFC a beaucoup progressé. La maladie résulte d’anomalies multiples concernant le système nerveux autonome, la circulation, l’immunité, le système endocrinien et le métabolisme énergétique. Ces dérèglements s’autoentretiennent dans une boucle vicieuse qui perpétue les symptômes. Nacul a précisé que les anomalies du système immunitaire et du système nerveux précèdent les autres, et doivent donc devenir des cibles prioritaires de recherche fondamentale et clinique.
3. Vers une approche combinée
Nacul a rappelé qu’aucun traitement unique ne pourra convenir à tous les patients, que ce soit pour l’EM/SFC ou pour le COVID long. Selon lui, il faudra recourir à plusieurs traitements combinés, car certaines approches fonctionneront pour un sous-groupe et pas pour un autre. Il étudie actuellement la naltrexone à faible dose pour cibler la neuroinflammation observée dans le syndrome de fatigue post-COVID. Cette approche vise à restaurer l’équilibre neuro-immunitaire plutôt qu’à supprimer le système immunitaire.
4. L’auto-immunité au cœur des recherches
Carmen Scheibenbogen, immunologiste à la Charité de Berlin, et Øystein Fluge, oncologue à Bergen, ont tous deux mis en avant le rôle de l’auto-immunité. Scheibenbogen estime qu’un sous-groupe de patients présente clairement une forme auto-immune de la maladie et que d’importantes avancées ont été réalisées ces dernières années. Elle considère désormais ce mécanisme comme un élément clé de la compréhension de l’EM/SFC.
5. La cascade auto-immune
Dans une publication antérieure, Scheibenbogen et son équipe avaient montré que certains auto-anticorps visent des récepteurs nucléaires et des récepteurs de neurotransmetteurs. Ils ont également mis en évidence une association entre inflammation, réactivation du virus d’Epstein-Barr, hyperactivité sympathique, dysfonctionnement vasculaire et métabolisme énergétique altéré. Pour elle, la dysrégulation immunitaire se situe probablement au tout début du processus et explique la sévérité des symptômes, notamment le malaise post-effort.
6. Lien génétique confirmé
Scheibenbogen a rappelé les résultats de l’étude génétique DecodeME, menée sur plus de 15 579 patients atteints d’EM/SFC et 259 909 témoins. 29 variants génétiques ont été associés à des fonctions clés liées à l’immunité, à l’auto-immunité, à la défense antivirale, au système nerveux et aux mitochondries. Ces résultats soutiennent l’existence d’un profil immunitaire distinct pour une partie des malades.
7. Auto-anticorps et symptômes
Plusieurs études, dont celles de son équipe, ont détecté des auto-anticorps dans l’EM/SFC et le COVID long. En particulier, les auto-anticorps dirigés contre les récepteurs couplés aux protéines G sont souvent déséquilibrés. Leur concentration est corrélée à la sévérité de la fatigue et aux troubles cognitifs. Ces observations renforcent l’idée d’un lien direct entre auto-anticorps, dysautonomie et déficit énergétique.
8. Essais d’immunoadsorption
L’équipe de la Charité a conduit un essai pilote d’immunoadsorption chez 20 patients atteints d’EM/SFC post-COVID présentant des anticorps bêta-adrénergiques élevés. Cette technique permet d’éliminer les immunoglobulines du sang grâce à une filtration extracorporelle semblable à la dialyse. La majorité des participants ont observé une amélioration de leurs symptômes, bien qu’aucun ne soit totalement rétabli. Scheibenbogen conclut que ces résultats constituent une preuve que les anticorps jouent bien un rôle actif dans la maladie.
9. Vers des essais ciblés sur les cellules B
L’équipe berlinoise prépare à présent une étude comparant deux anticorps monoclonaux : l’ublituximab, dirigé contre CD20, et l’inebilizumab, dirigé contre CD19. Ces médicaments, déjà disponibles pour d’autres maladies auto-immunes, visent à réduire les cellules responsables de la production d’auto-anticorps. Scheibenbogen estime que ces thérapies représentent une piste prometteuse pour le sous-groupe auto-immun de l’EM/SFC et du COVID long.
10. Une maladie potentiellement réversible
Pour Øystein Fluge, certains patients présentent une forme d’EM/SFC médiée par les auto-anticorps et potentiellement réversible. Il rappelle que, même après de longues années de maladie, on n’observe pas de lésions d’organes irréversibles chez les patients qui se rétablissent. Son équipe considère donc que l’interruption du cycle immunitaire pourrait permettre une récupération fonctionnelle, du moins chez une partie des malades.
11. Les essais de Fluge
Fluge et son équipe ont d’abord exploré le rituximab, sans succès lors de l’essai de phase 3, puis le cyclophosphamide, jugé trop toxique. Ils étudient maintenant le daratumumab, un anticorps anti-CD38 utilisé dans le traitement du myélome. Dans un essai pilote sur 10 patients atteints d’EM/SFC, 6 ont montré une amélioration de leur état général sur 12 à 24 mois, avec une bonne tolérance. Les répondeurs présentaient au départ des taux de cellules NK plus élevés et une baisse plus marquée des IgG.
12. Un essai indépendant
Un essai de phase 2 en double aveugle, comparant le daratumumab à un placebo, est en cours chez 66 patients. L’étude n’est financée ni par l’industrie pharmaceutique ni par des fonds publics. Si les résultats sont positifs, Fluge espère qu’ils inciteront les laboratoires à s’impliquer davantage dans la recherche sur l’EM/SFC.
13. Relance du rituximab au Japon
Au Japon, le docteur Wakiro Sato conduit un essai de phase 2 sur le rituximab. 30 adultes reçoivent soit le médicament, soit un placebo pendant 24 semaines avant d’échanger les groupes. L’objectif principal est l’amélioration du statut fonctionnel des patients, mesuré par un score de performance. Les critères secondaires incluent la fatigue, la force musculaire, la qualité de vie, l’imagerie cérébrale et les marqueurs immunitaires. Les patients peuvent conserver leurs traitements habituels, ce qui reflète la pratique clinique réelle.
14. Les canaux TRPM3 et la naltrexone
En Australie, Sonya Gradisnik-Marshall a présenté une étude sur la naltrexone à faible dose menée chez 9 personnes atteintes de COVID long. Ces patients présentaient un dysfonctionnement des canaux ioniques TRPM3 des cellules NK, ce qui perturbe l’entrée du calcium et altère le fonctionnement cellulaire. Après traitement, la fonction des canaux TRPM3 a été restaurée, et les flux de calcium normalisés, les rendant comparables à ceux observés chez des sujets sains.
15. Implications du traitement LDN
Selon Gradisnik-Marshall, ces résultats suggèrent que la naltrexone à faible dose pourrait restaurer l’équilibre calcique et les fonctions cellulaires altérées chez certains patients atteints de COVID long. Elle souligne que ce mécanisme pourrait également concerner des patients atteints d’EM/SFC, où une dysfonction similaire des canaux ioniques a déjà été observée. Ces données confirment le potentiel neuro-immunitaire de la naltrexone à faible dose.
16. Métabolisme et oxaloacétate
Aux États-Unis, Suzanne Vernon du Bateman Horne Center a étudié l’oxaloacétate, un métabolite essentiel à la production d’énergie mitochondriale. Les taux d’oxaloacétate sont significativement réduits dans le plasma des patients atteints d’EM/SFC. Cette molécule joue un rôle clé dans le cycle de Krebs et dans la régulation du métabolisme cellulaire. Sa carence pourrait provoquer un basculement vers une glycolyse accrue, phénomène appelé effet Warburg, réduisant ainsi l’efficacité énergétique.
17. Résultats des essais RESTORE ME et REGAIN
Dans l’essai RESTORE ME, mené sur 82 patients atteints d’EM/SFC, la prise quotidienne de 2 000 mg d’oxaloacétate pendant 3 mois a entraîné une réduction de 25 % de la fatigue, contre 10 % dans le groupe placebo. L’amélioration concernait à la fois la fatigue physique et mentale. Un second essai, REGAIN, mené sur 69 patients atteints de COVID long pendant 42 jours, a montré des améliorations significatives sur certains scores de fatigue et de cognition.
18. Perspectives et médecine de précision
Vernon considère l’oxaloacétate comme un traitement d’appoint à intégrer dans une approche multimodale combinant le sommeil, la gestion de la douleur, la régulation du système nerveux autonome et le pacing. Elle insiste sur l’importance d’un suivi attentif et de l’analyse des biomarqueurs pour identifier les profils de réponse. Lors de la discussion finale, Fluge a estimé que l’accumulation de données objectives finira par susciter l’intérêt des laboratoires pharmaceutiques. Ces travaux posent les bases d’une médecine de précision adaptée aux sous-groupes biologiques de l’EM/SFC et du COVID long.
Référence :
Tucker, M. E. (2025, 7 novembre). Research Into ME/CFS Pathology Points to Possible Treatments. Medscape Medical News.
https://www.medscape.com/viewarticle/research-me-cfs-pathology-points-possible-treatments-2025a1000uuu