octobre 26, 2025

Une grande étude génétique sur la fibromyalgie

Par Clémence

Résumé en français du dernier article de Health Rising (Cort Johnson, octobre 2025)

Une étude génétique de très grande ampleur a récemment analysé les profils ADN de 2,5 millions de personnes afin d’identifier les gènes associés à la fibromyalgie.

Cette recherche (préprint) s’inscrit dans la continuité de l’étude DecodeME, qui explore les bases génétiques de l’encéphalomyélite myalgique / syndrome de fatigue chronique (EM/SFC).

L’article publié par Health Rising, rédigé par Cort Johnson, revient sur ces résultats et sur leurs liens possibles avec la recherche sur l’EM/SFC.

Avant d’entrer dans le résumé de son analyse, voici trois points explicatifs rédigés par moi-même, destinés à poser le cadre et à faciliter la compréhension du type d’étude et de sa portée.

Comprendre le type d’étude

Cette recherche sur la fibromyalgie n’a pas étudié le sang ou les taux hormonaux, mais le génome.

C’est une GWAS (Genome-Wide Association Study) : les chercheurs ont comparé l’ADN de millions de personnes avec ou sans fibromyalgie pour repérer des variations génétiques associées à la maladie.

Ces variations indiquent où se trouvent les prédispositions biologiques, sans impliquer une cause directe.

Objectif et méthode

L’étude a porté sur 2,5 millions de participants, un échantillon d’une ampleur exceptionnelle.

Elle visait à identifier les régions du génome (loci) qui influencent le risque de fibromyalgie, et à déterminer dans quels tissus ou organes ces gènes sont les plus actifs.

Les résultats ont ensuite été comparés à ceux obtenus pour l’EM/SFC dans le cadre de l’étude DecodeME.

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🩵 L’essentiel

Une vaste étude génétique (2,5 millions de participants) a permis d’identifier 24 régions du génome associées à la fibromyalgie, confirmant une base biologique solide.


Les gènes les plus impliqués concernent le cerveau et le système nerveux, notamment ceux liés à la douleur, la motivation, la mémoire et le sommeil.
Plusieurs régions et mécanismes se recoupent avec ceux observés dans l’EM/SFC, suggérant un socle neurobiologique commun entre les deux maladies.


Ces résultats ouvrent aussi la voie à de nouvelles pistes thérapeutiques, avec des cibles génétiques déjà explorées dans d’autres pathologies du système nerveux.

Résumé du dernier article de Health Rising (Cort Johnson)

Ce qui suit est une synthèse en français du contenu publié sur Health Rising le 20 octobre 2025, intitulé :

> “The Brain Disease: Huge Fibromyalgia Genetic Study Highlights the Brain and Offers New Treatment Possibilities.”

1. Des résultats d’envergure

Les chercheurs ont identifié 24 régions du génome associées à la fibromyalgie, contre 8 dans l’étude DecodeME sur l’EM/SFC.
Cette GWAS est environ huit fois plus vaste que DecodeME, ce qui renforce la fiabilité des résultats.

Ces zones, appelées loci de risque, indiquent où les différences génétiques sont les plus marquées et définissent la structure biologique de la maladie.

2. Des gènes liés au système nerveux

Les gènes les plus souvent impliqués concernent l’activité neuronale, la mémoire, la motivation, la dopamine, le sommeil, la fonction des cellules NK, la neuroplasticité et le métabolisme énergétique.

Ces domaines correspondent aux anomalies physiologiques déjà observées dans la fibromyalgie, notamment dans le système nerveux central.

3. Un variant particulier

Un des variants les plus notables touche le gène HTT, aussi impliqué dans la maladie de Huntington.

Dans la fibromyalgie, la modification est bien plus légère : une suppression d’un seul acide aminé.

Cette variation augmente d’environ 9 % le risque de développer la maladie et concerne des zones cérébrales liées à la perception de la douleur.

4. Le cerveau, principal lieu d’expression

Les gènes associés à la fibromyalgie s’expriment principalement dans le cerveau.

Les zones les plus concernées sont le cortex, le noyau caudé, le putamen, le cortex frontal et le cingulaire antérieur.
Ces régions participent à la douleur, à la motivation, aux émotions et au contrôle moteur.

5. Des neurones directement impliqués

Douze des treize types cellulaires identifiés sont des neurones, en particulier ceux du gyrus denté dans l’hippocampe, qui aide à interpréter les signaux sensoriels.

Une activité génétique a aussi été repérée dans certains neurones intestinaux, suggérant un lien entre cerveau et système digestif, comparable à ce qu’on observe dans l’EM/SFC.

6. Une maladie centrée sur le système nerveux

Aucun autre type cellulaire n’a été associé de façon significative.

Cela confirme que la fibromyalgie n’est pas un trouble musculaire ou périphérique, mais une pathologie du système nerveux central, impliquant une dérégulation neuronale étendue et une hypersensibilité sensorielle.

7. Des recoupements avec d’autres maladies

Les gènes impliqués dans la fibromyalgie se retrouvent aussi dans la migraine, la douleur chronique, la dépression, le PTSD, l’anxiété et le syndrome du côlon irritable.

Ces recoupements montrent qu’il existe des mécanismes biologiques partagés entre plusieurs maladies impliquant douleur, stress et sensibilisation centrale.

8. Corrélations avec l’EM/SFC

Deux des huit régions génétiques mises en évidence dans DecodeME sont également présentes ici : OLFM4 (13q14.3) et RABGAP1L (1q25.1).

Cela indique un chevauchement biologique concret entre les deux pathologies.

Comme dans l’EM/SFC, les tissus où s’expriment ces gènes sont presque exclusivement cérébraux.

9. Régions cérébrales partagées

Les zones cérébrales touchées dans les deux maladies sont en grande partie les mêmes : cortex frontal, putamen, et cortex cingulaire antérieur.

Ces régions appartiennent au striatum, un ensemble impliqué dans la motivation, la fatigue, la douleur et la coordination motrice.

10. Une vulnérabilité génétique commune

Les auteurs suggèrent qu’un même ensemble de gènes influence plusieurs fonctions biologiques : l’excitabilité du système nerveux central, la signalisation dopaminergique et sérotoninergique, et la réponse neuro-immune au stress. Cette vulnérabilité commune pourrait prédisposer à plusieurs maladies chroniques.

11. Le concept de pléiotropie

Les gènes identifiés présentent une pléiotropie, c’est-à-dire qu’ils peuvent agir sur plusieurs systèmes à la fois. Cela explique pourquoi les symptômes de la fibromyalgie sont multisystémiques : douleur, troubles cognitifs, sommeil perturbé, troubles digestifs et dérégulation immunitaire.

12. Un terrain partagé entre plusieurs maladies

Les chercheurs estiment que ces gènes décrivent un profil biologique transversal. Ils pourraient être impliqués non seulement dans la fibromyalgie et l’EM/SFC, mais aussi dans d’autres syndromes post-infectieux ou liés à la sensibilisation du système nerveux.

13. Nouvelles pistes thérapeutiques

Deux gènes ressortent comme cibles pharmacologiques potentielles : HTT/GPR52 et CELF4. Des molécules visant ces voies sont déjà en développement pour d’autres maladies.

Ces découvertes pourraient conduire à des traitements plus ciblés pour les pathologies de la douleur chronique.

14. Expérimentations animales et neuroinflammation

Chez la souris, la baisse du gène CELF4 augmente la douleur et provoque une hyperactivité neuronale et une activation de la microglie (cellules immunitaires du cerveau). Ce mécanisme correspond à la neuroinflammation chronique aussi suspectée dans l’EM/SFC.

15. Une base biologique commune

Cette étude marque une étape importante : la fibromyalgie devient la première grande maladie de la douleur à obtenir une confirmation génétique claire.

Les régions cérébrales, les types cellulaires et les gènes concernés recoupent largement ceux observés dans l’EM/SFC. Ces résultats renforcent l’idée d’un socle neurobiologique partagé entre plusieurs maladies chroniques du système nerveux central.

Sources

Johnson, C. (2025, 21 octobre). The Brain Disease : Huge Fibromyalgia Genetic Study Highlights the Brain and Offers New Treatment Possibilities. Health Rising. https://www.healthrising.org/blog/2025/10/20/brain-fibromyalgia-genetics/

Kerrebijn, I., Bjornsdottir, G., Arbabi, K., Urpa, L., Haapaniemi, H., Thorleifsson, G., Stefansdottir, L., Frangakis, S., Valliere, J., Kunorozva, L., Abner, E., Ji, C., Aagaard, B., Bliddal, H., Brunak, S., Bruun, M. T., Didriksen, M., Erikstrup, C., Geirsson, A. J.,. . . Wainberg, M. (2025). The genetic architecture of fibromyalgia across 2.5 million individuals. medRxiv (Cold Spring Harbor Laboratory). https://doi.org/10.1101/2025.09.18.25335914