EM/SFC : quand les symptômes s’organisent en sous-systèmes biologiques
Cet article de blog présente et analyse une étude allemande publiée en 2025 par Lotte Habermann-Horstmeier et Lukas M. Horstmeier, consacrée à l’organisation des symptômes dans l’EM/SFC.
Il s’agit d’un préprint, non encore évalué par les pairs.
Les auteur·rices examinent l’hypothèse selon laquelle les symptômes de l’EM/SFC ne sont pas distribués de façon aléatoire, mais structurés en groupes cohérents reflétant des mécanismes biologiques fonctionnels distincts.
Pourquoi cette étude ?
Les auteur·rices partent d’un constat central : dans l’EM/SFC, les symptômes ne surviennent pas de manière isolée. Certains apparaissent fréquemment ensemble, mais ces associations sont rarement validées de façon rigoureuse, et encore moins reliées à des mécanismes physiopathologiques précis.
L’objectif de cette étude est donc de tester empiriquement si les symptômes de l’EM/SFC peuvent être organisés en groupes cohérents, correspondant à des systèmes biologiques fonctionnels, plutôt qu’à une accumulation hétérogène de plaintes.
Ce qu’ils cherchaient à montrer
🔹 Identifier des clusters de symptômes statistiquement robustes
🔹 Vérifier que ces clusters sont distincts les uns des autres
🔹 Évaluer leur cohérence avec les connaissances actuelles sur la physiopathologie de l’EM/SFC
🔹 Examiner si cette structuration pourrait servir de base à une approche diagnostique plus fine
Méthode
L’étude repose sur les données de 748 adultes diagnostiqué·es EM/SFC, issues de la cohorte allemande APAV-ME/CFS.
Les symptômes, rapportés par questionnaire, ont été analysés à l’aide :
🔹 d’analyses factorielles exploratoires
🔹 d’analyses factorielles confirmatoires
🔹 de modèles d’équations structurelles
Les analyses ont été reproduites sur un sous-échantillon randomisé et stratifié afin de tester la stabilité et la robustesse des résultats.
Résultats
Les analyses mettent en évidence quatre grands clusters de symptômes, correspondant à des sous-systèmes fonctionnels distincts.
🔹 Le cluster neurocognitif-sensoriel (brouillard cérébral, hypersensibilités sensorielles, troubles du sommeil, troubles visuels, maux de tête) est le plus robuste. Les charges factorielles sont élevées et les indices d’ajustement du modèle sont excellents, indiquant une forte cohérence interne.
🔹 Le cluster de dysrégulation végétative regroupe les troubles cardiovasculaires, respiratoires, l’intolérance à la chaleur ou au froid et certaines plaintes digestives. Ce groupe présente une cohérence statistique compatible avec une atteinte du système nerveux autonome.
🔹 Les symptômes gastro-intestinaux (troubles digestifs et intolérances alimentaires) forment un cluster distinct, relativement homogène, suggérant l’existence de mécanismes entériques spécifiques.
🔹 Le cluster immunologique, associant symptômes pseudo-grippaux et susceptibilité accrue aux infections, est identifié comme séparé du cluster digestif, bien que les deux soient fréquemment associés chez les mêmes patient·es.
🔹 Certains symptômes jouent un rôle de pont entre plusieurs clusters, montrant que ces sous-systèmes sont distincts mais fonctionnellement interconnectés.
Discussion
Les auteur·rices interprètent ces résultats comme la confirmation que les symptômes de l’EM/SFC ne sont pas organisés de manière aléatoire, mais structurés autour de systèmes biologiques fonctionnels identifiables.
La forte cohérence du cluster neurocognitif-sensoriel renforce l’hypothèse d’une atteinte centrale neurologique chez une proportion importante de patient·es.
La distinction entre clusters digestif et immunologique suggère que, malgré leurs interactions fréquentes, ces dimensions ne relèvent pas d’un mécanisme unique.
Dans l’ensemble, ces résultats soutiennent une vision de l’EM/SFC comme une maladie neuro-immunologique multisystémique hétérogène, incompatible avec une lecture psychosomatique globale.
Les limites
🔹 Il s’agit d’un préprint, non encore évalué par les pairs
🔹 Les données reposent sur des symptômes auto-rapportés
🔹 Les symptômes sont codés en oui/non, sans gradation de sévérité
🔹 L’échantillon provient majoritairement de réseaux spécialisés, avec un possible biais de sélection
🔹 Les analyses selon le sexe, l’âge et la durée de la maladie ne sont pas incluses dans ce travail
Source
Habermann-Horstmeier, L., & Horstmeier, L. M. (2025). Distinct Symptom Clusters Reflect Pathophysiological Mechanisms in ME/CFS (Version 1) [Préprint]. Research Square. https://www.researchsquare.com/article/rs-8319139/v1