Covid long, EM/SFC et SEDh : dysautonomie diffuse et hypoperfusion cérébrale en position debout
Cet article propose une synthèse structurée d’une étude publiée en 2026 dans PLOS One, comparant le Covid long, l’EM/SFC et le syndrome d’Ehlers-Danlos hypermobile (SEDh) à travers des tests du système nerveux autonome, des mesures de circulation cérébrale en position debout et des évaluations neuropathiques.
Le résumé ci-dessous reprend les principaux résultats étape par étape, de manière vulgarisée et fidèle à l’article.
Trois syndromes, un même noyau de symptômes
Le Covid long, l’encéphalomyélite myalgique / syndrome de fatigue chronique (EM/SFC) et le syndrome d’Ehlers-Danlos hypermobile (SEDh) sont trois maladies différentes, mais qui se recoupent souvent sur des symptômes très proches : fatigue profonde, malaise post-effort, douleurs, troubles cognitifs (“brain fog”) et intolérance orthostatique.
Cette étude publiée en 2026 dans PLOS One cherche à comprendre ce chevauchement en mesurant de façon objective la circulation cérébrale, les réflexes autonomes et les atteintes nerveuses périphériques dans ces trois groupes.
Ce que le corps doit normalement faire en position debout
Quand une personne se met debout, le sang descend vers les jambes. Normalement, le système nerveux autonome ajuste immédiatement la fréquence cardiaque et la constriction des vaisseaux afin de maintenir une perfusion correcte du cerveau.
Dans la dysautonomie, cette adaptation échoue partiellement : le cerveau peut recevoir moins de sang, ce qui peut provoquer vertiges, faiblesse, palpitations et aggravation du brain fog, même sans chute majeure de tension.
Pourquoi comparer Covid long, EM/SFC et SEDh ?
Les auteurs partent de l’idée que Covid long et EM/SFC pourraient partager une physiopathologie commune, notamment autour des anomalies autonomes et vasculaires observées après infection.
Le SEDh est inclus comme groupe “contrôle maladie” : il est fréquemment associé à la dysautonomie, mais n’est pas d’origine infectieuse, ce qui permet de distinguer les mécanismes communs des spécificités propres à chaque syndrome.
Une cohorte clinique rare et informative
L’étude analyse 143 patients Covid long, 170 patients EM/SFC et 290 patients SEDh , comparés à 73 contrôles sains. Ces effectifs sont importants pour des examens autonomes aussi spécialisés.
Tous les patients ont été évalués dans le même centre expert, avec les mêmes protocoles, ce qui rend la comparaison directe particulièrement solide.
Quels examens ont été réalisés ?
Les participants ont passé une batterie complète de tests autonomes : tilt-test (table basculante), manœuvre de Valsalva, respiration profonde et évaluation sudomotrice (transpiration).
Les chercheurs ont aussi mesuré la vitesse du flux sanguin cérébral (CBFv) par Doppler transcrânien, et recherché une neuropathie des petites fibres (SFN) via biopsies cutanées.
Symptômes orthostatiques : un point commun majeur
L’intolérance orthostatique est extrêmement fréquente : les étourdissements debout concernent plus de 65% des patients dans les trois groupes, confirmant un stress orthostatique majeur.
Ce résultat montre que, qu’il s’agisse de Covid long, d’EM/SFC ou de SEDh, la station debout représente souvent un défi physiologique central.
Hypoperfusion cérébrale : un résultat clé
L’un des résultats les plus marquants est la réduction du flux cérébral en position debout. Une baisse anormale de CBFv est observée chez 91,6% des patients Covid long et 87,6% des patients EM/SFC.
Le groupe SEDh est aussi fortement concerné (80%), mais avec une dysrégulation cérébrovasculaire globalement moins sévère que dans les syndromes post-infectieux.
Dysautonomie diffuse : un mécanisme central
Les tests autonomes révèlent une défaillance autonome diffuse (“widespread autonomic failure”) chez la grande majorité des patients : environ 95% dans le Covid long, 89% dans l’EM/SFC et 89% dans le SEDh.
Cela confirme que la dysautonomie est un mécanisme physiologique majeur dans ces syndromes, et non un phénomène secondaire ou uniquement subjectif.
POTS et hypotension : seulement une partie du spectre
Le POTS est retrouvé chez environ 22% des patients Covid long, 19% des patients EM/SFC, et jusqu’à 32% des patients SEDh, montrant un chevauchement important.
Mais beaucoup de patients présentent une intolérance orthostatique sans correspondre strictement à une seule catégorie, ce qui suggère un spectre autonome plus large.
Neuropathie des petites fibres (SFN)
Les biopsies cutanées montrent une neuropathie des petites fibres chez une proportion importante de patients : environ 67% dans le Covid long, 53% dans l’EM/SFC et 63% dans le SEDh.
Les auteurs soulignent que le SEDh est associé à une neurodégénérescence périphérique plus prononcée, avec davantage de dysfonction sudomotrice et une SFN plus fréquente ou sévère.
hEDS : un profil plus douloureux et multisystémique
Comparés aux groupes Covid long et EM/SFC, les patients SEDh sont plus jeunes et présentent plus souvent un syndrome d’activation mastocytaire, un syndrome de l’intestin irritable, davantage de douleurs et de céphalées.
Ils utilisent aussi plus fréquemment des antihistaminiques, ce qui reflète un profil clinique souvent plus périphérique, sensoriel et multisystémique.
Preload failure : un signal partagé entre Covid long et EM/SFC
Dans un sous-groupe ayant réalisé un test d’effort invasif (iCPET), une “preload failure” est détectée chez 96% des patients Covid long et 92,4% des patients EM/SFC.
Cela correspond à une difficulté de remplissage cardiaque à l’effort, un mécanisme déjà décrit dans l’EM/SFC et ici retrouvé dans le Covid long, renforçant l’hypothèse de voies communes.
Pourquoi les prises de sang ne suffisent pas
Les analyses biologiques classiques (inflammation, auto-immunité, hormones) ne permettent pas de distinguer clairement Covid long, EM/SFC et SEDh : les résultats sont souvent normaux ou non discriminants.
Dans cette étude, ce sont surtout les explorations fonctionnelles (circulation cérébrale, réflexes autonomes, SFN) qui objectivent les anomalies vécues par les patients au quotidien.
Conclusion : des syndromes distincts mais chevauchants
Cette étude montre que, chez des patients évalués en centre spécialisé pour dysautonomie, Covid long et EM/SFC présentent des profils très proches : hypoperfusion cérébrale orthostatique, dysautonomie diffuse, neuropathie des petites fibres et preload failure.
Le SEDh partage fortement ce terrain, mais avec une dysrégulation cérébrovasculaire moins sévère et une atteinte périphérique plus marquée. Les auteurs suggèrent ainsi des syndromes distincts mais partiellement superposés, tout en rappelant que le Doppler mesure une vitesse de flux et que des études prospectives plus larges seront nécessaires pour confirmer ces résultats.
Source
Novak, P., Systrom, D. M., Witte, A., Marciano, S. P., Felsenstein, D., Milunsky, J. M., Milunsky, A., Krier, J., & Fishman, M. C. (2026). Shared autonomic phenotype of long COVID and myalgic encephalomyelitis/chronic fatigue syndrome. PLoS ONE, 21(1), e0341278. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0341278