juin 6, 2026

Oxygénothérapie hyperbare dans l’EM/SFC : résultats encourageants dans une cohorte principalement post-COVID

Par Clémence

Une équipe de la Charité de Berlin, dirigée notamment par Carmen Scheibenbogen, a publié en 2026 une étude visant à évaluer si cette approche pouvait améliorer les symptômes de l’EM/SFC et modifier certaines anomalies cérébrales observées chez les patients.

Il est toutefois important de noter que 90 % des participants avaient développé leur EM/SFC après une infection par le SARS-CoV-2. Les résultats concernent donc principalement une population atteinte d’EM/SFC post-COVID et ne peuvent pas être automatiquement généralisés à l’ensemble des personnes atteintes d’EM/SFC.

Les résultats suggèrent des bénéfices potentiels sur plusieurs aspects de la maladie, mais ils doivent être interprétés avec prudence compte tenu des limites méthodologiques de l’étude.

Pourquoi les chercheurs s’intéressent-ils à l’oxygénothérapie hyperbare ?

L’EM/SFC est une maladie complexe impliquant plusieurs systèmes biologiques, notamment le système nerveux, le système immunitaire, le système vasculaire, le métabolisme énergétique et le système nerveux autonome.

L’oxygénothérapie hyperbare pourrait théoriquement agir sur plusieurs mécanismes suspectés dans la maladie :

• amélioration de l’apport en oxygène aux tissus ;
• modulation de certaines voies impliquées dans la production d’énergie cellulaire ;
• effets anti-inflammatoires ;
• amélioration potentielle de la microcirculation ;
• influence sur certaines fonctions cérébrales.

L’intérêt pour cette approche s’est également renforcé après plusieurs études réalisées dans le COVID long, une maladie qui partage de nombreuses caractéristiques avec l’EM/SFC.

Comment l’étude a-t-elle été réalisée ?

L’étude a inclus 30 personnes atteintes d’EM/SFC diagnostiquées selon les critères canadiens.

L’âge moyen des participants était de 42 ans et environ trois quarts étaient des femmes.

La majorité des participants (90 %) avaient développé leur maladie après une infection par le SARS-CoV-2. La durée moyenne de la maladie était d’environ 27 mois, ce qui signifie que les résultats concernent principalement des patients atteints d’un EM/SFC post-COVID relativement récent. Il n’est donc pas possible de savoir si des personnes malades depuis de nombreuses années répondraient de la même manière au traitement.

Tous présentaient une atteinte modérée à sévère de leur fonctionnement quotidien.

Les participants ont reçu 40 séances d’oxygénothérapie hyperbare réparties sur une période de 8 à 16 semaines. Chaque séance durait 90 minutes dans une chambre pressurisée à 2 ATA, avec respiration d’oxygène pur.

Les chercheurs ont évalué :

• le fonctionnement physique ;
• la fatigue ;
• la douleur ;
• les capacités cognitives ;
• la force musculaire ;
• la capacité à l’effort ;
• la tolérance orthostatique ;
• certaines caractéristiques cérébrales grâce à l’IRM fonctionnelle.

Une amélioration du fonctionnement physique chez une partie des participants

Le critère principal de l’étude était l’évolution du score de fonctionnement physique du questionnaire SF-36.

À la fin du suivi, les chercheurs ont observé une progression statistiquement significative de ce score.

Pour déterminer si le changement était réellement pertinent dans la vie quotidienne, ils avaient défini à l’avance un seuil d’amélioration cliniquement significative de 10 points.

Selon ce critère, 11 participants sur 30 (36,7 %) ont été considérés comme répondeurs au traitement.

Chez certains patients, le gain atteignait jusqu’à 35 points.

Même si tous les participants n’ont pas bénéficié de la même manière du traitement, ces résultats suggèrent qu’une partie des patients pourrait être plus réceptive que d’autres à cette approche.

Fatigue, douleur et qualité de vie : des évolutions favorables

Les chercheurs ont également observé une diminution significative de la fatigue.

Cette évolution concernait à la fois la fatigue physique et la fatigue mentale.

La douleur a également diminué après le traitement, avec des améliorations qui restaient visibles plusieurs semaines après la fin des séances.

Ces résultats sont particulièrement intéressants car la fatigue et la douleur figurent parmi les symptômes les plus invalidants de l’EM/SFC et sont souvent difficiles à traiter.

Des mesures objectives vont dans le même sens

L’un des points forts de cette étude est qu’elle ne s’est pas limitée aux questionnaires.

Les chercheurs ont également réalisé plusieurs tests permettant d’obtenir des données plus objectives.

Une amélioration des performances cognitives

Les participants ont obtenu de meilleurs résultats au SDMT (Symbol Digit Modalities Test), un test fréquemment utilisé pour évaluer la vitesse de traitement de l’information.

Cette observation est notable car les troubles cognitifs, souvent décrits sous le terme de « brouillard cérébral », constituent l’un des symptômes les plus fréquents de l’EM/SFC.

Une meilleure capacité à réaliser un effort bref

Les performances au test assis-debout d’une minute ont également progressé.

Les participants étaient capables d’effectuer davantage de répétitions après le traitement qu’avant celui-ci.

Cette progression était particulièrement marquée chez les patients ayant également rapporté une amélioration de leur fonctionnement physique.

Une augmentation modeste de la force musculaire

Les chercheurs ont également observé une augmentation de la force de préhension mesurée à l’aide d’un dynamomètre.

L’effet reste modéré, mais il va dans la même direction que les autres observations réalisées au cours de l’étude.

Ce que révèlent les IRM cérébrales

L’un des aspects les plus intéressants de cette étude concerne l’imagerie cérébrale.

Avant le traitement, les chercheurs ont observé chez les patients une connectivité accrue entre le thalamus et plusieurs régions cérébrales impliquées dans le traitement sensoriel, moteur et visuel.

Le thalamus est une structure centrale du cerveau qui agit comme un véritable centre de relais pour les informations sensorielles et participe à de nombreuses fonctions cognitives.

Il participe notamment au traitement des informations sensorielles, à l’attention, à certaines fonctions cognitives ainsi qu’à la régulation de l’état d’éveil. Son implication est étudiée depuis plusieurs années dans l’EM/SFC, plusieurs travaux d’imagerie cérébrale ayant déjà rapporté des anomalies fonctionnelles impliquant cette région.

Après l’oxygénothérapie hyperbare, cette hyperconnectivité semblait se rapprocher du profil observé chez les témoins sains.

De plus, les patients présentant les améliorations cliniques les plus importantes étaient également ceux qui montraient les modifications cérébrales les plus marquées.

Ces résultats ne permettent pas d’affirmer que le thalamus est à l’origine de l’EM/SFC. En revanche, ils renforcent l’idée que certaines altérations du fonctionnement cérébral pourraient contribuer aux symptômes de la maladie et qu’elles pourraient être modulées par certaines interventions.

Une bonne tolérance globale

Parmi les 30 participants ayant terminé le protocole :

• 23 patients (76,7 %) ont rapporté une amélioration subjective de leur état ;
• 26 patients (86,7 %) ont indiqué qu’ils accepteraient de refaire le traitement à l’avenir.

Les effets secondaires les plus fréquents étaient :

• une sensation de pression ou des douleurs au niveau des oreilles et des sinus ;
• une myopie transitoire réversible.

Aucun effet indésirable grave ou permanent n’a été signalé.

Toutefois, sept participants initialement inclus n’ont pas pu mener le protocole à son terme, principalement en raison de difficultés liées à la pressurisation.

Des limites importantes à garder à l’esprit

Malgré ces résultats encourageants, plusieurs limites empêchent de conclure à l’efficacité démontrée de l’oxygénothérapie hyperbare dans l’EM/SFC.

La principale limite est l’absence de groupe placebo. Sans comparaison avec un groupe témoin recevant un traitement fictif, il est impossible de déterminer avec certitude quelle part des bénéfices observés est directement attribuable à l’oxygénothérapie hyperbare.

L’effectif reste également modeste avec seulement 30 patients analysés, ce qui limite la portée des conclusions.

Par ailleurs, la cohorte étudiée présentait des caractéristiques très particulières. La grande majorité des participants (90 %) avaient développé leur EM/SFC après une infection par le SARS-CoV-2 et la durée moyenne de la maladie était d’environ 27 mois. Les résultats concernent donc principalement une population atteinte d’un EM/SFC post-COVID relativement récent et ne peuvent pas être automatiquement généralisés à l’ensemble des personnes atteintes d’EM/SFC.

Enfin, les patients les plus sévèrement atteints, incapables de quitter leur domicile pour participer régulièrement aux séances, n’ont pas pu être inclus dans l’étude. Il reste donc impossible de savoir si cette approche serait applicable ou bénéfique dans les formes les plus graves de la maladie.

Conclusion

Cette étude de la Charité de Berlin apporte un signal encourageant concernant l’oxygénothérapie hyperbare chez des patients atteints d’EM/SFC, majoritairement post-COVID.

Les chercheurs rapportent des évolutions favorables concernant le fonctionnement physique, la fatigue, la douleur, certaines performances cognitives ainsi que plusieurs mesures fonctionnelles. Les données d’imagerie suggèrent également une modification de la connectivité du thalamus vers un profil plus proche de celui observé chez les témoins sains.

Ces résultats sont intéressants car ils reposent non seulement sur des questionnaires, mais également sur plusieurs mesures objectives et sur des analyses d’imagerie cérébrale.

Cependant, l’absence de groupe placebo, le faible nombre de participants, le profil particulier de la cohorte étudiée et l’exclusion des patients les plus sévèrement atteints imposent une grande prudence dans l’interprétation des résultats.

Cette étude ne démontre donc pas que l’oxygénothérapie hyperbare est un traitement efficace de l’EM/SFC. Elle fournit néanmoins des arguments suffisants pour justifier la réalisation d’essais randomisés contrôlés plus larges, qui seront indispensables pour déterminer si cette approche peut réellement bénéficier à une partie des personnes atteintes de la maladie.

Source

Kim, L., Cammà, G., Peters, C. K., Mantwill, M., Müller, O., Leprêtre, N., Heindrich, C., Rust, R., Krill, M., Hartung, T. J., Reeß, L. G., Krohn, S., von Heymann, C., Wittke, K., Finke, C., & Scheibenbogen, C. (2026). Hyperbaric oxygen therapy improves clinical symptoms and functional capacity and modulates thalamic connectivity in ME/CFS: A prospective cohort study. Journal of Translational Medicine. Advance online publication. https://doi.org/10.1186/s12967-026-08324-6