Étude expérimentale sur les IgG : différences entre EM/SFC post-infectieux et COVID long répondant aux critères diagnostiques EM/SFC
Cette publication présente une étude expérimentale réalisée in vitro, c’est-à-dire sur des cellules humaines en laboratoire et non dans l’organisme. Les chercheurs ont isolé des immunoglobulines G (IgG) provenant d’échantillons sanguins, puis ont observé leurs effets sur différents paramètres cellulaires (fonction mitochondriale, métabolisme énergétique, réponses inflammatoires et signatures protéiques).
Quatre groupes sont comparés dans cette étude :
– des participants atteints d’encéphalomyélite myalgique / syndrome de fatigue chronique (EM/SFC) décrits dans l’article comme post-infectieux,
– des participants présentant un COVID long répondant aux critères diagnostiques de l’EM/SFC,
– des participants atteints de sclérose en plaques (groupe pathologique comparatif),
– et des témoins sains.
Les résultats présentés concernent des observations cellulaires dans ce modèle expérimental et ne constituent pas des démonstrations directes de mécanismes pathologiques chez les patients.
1. De quoi parle cette étude ?
Cette étude examine les effets d’immunoglobulines G (IgG) provenant de deux groupes de patients atteints d’EM/SFC : des formes post-infectieuses et des cas post-COVID répondant aux critères diagnostiques de l’EM/SFC.
Dans un modèle in vitro, les chercheurs testent si ces anticorps peuvent induire des effets mesurables sur des cellules humaines, notamment sur la dynamique mitochondriale, le métabolisme énergétique et la sécrétion de marqueurs inflammatoires, sans observation directe chez les patients.
2. Les groupes comparés
Les auteurs isolent des immunoglobulines à partir de 106 personnes réparties en quatre groupes : EM/SFC (n=39), EM/SFC post-COVID (n=15), sclérose en plaques (n=20) et témoins sains (n=41). L’objectif est de comparer les différences entre groupes dans des conditions expérimentales identiques.
Il ne s’agit pas d’un test clinique réalisé chez les patients : seules leurs IgG sont appliquées à des systèmes cellulaires en laboratoire.
3. Test des IgG sur des cellules endothéliales humaines
Pour étudier l’aspect mitochondrial et énergétique, les chercheurs utilisent des cellules endothéliales humaines. L’endothélium tapisse les vaisseaux sanguins et joue un rôle dans la régulation vasculaire, les échanges et certains signaux immuno-inflammatoires.
Ils évaluent si les IgG issues des différents groupes peuvent modifier l’organisation mitochondriale et le métabolisme cellulaire dans ce modèle expérimental.
4. Ce qu’ils mesurent exactement
Les auteurs analysent la structure mitochondriale par microscopie confocale, en quantifiant notamment la surface et la fragmentation.
Ils mesurent également l’énergétique cellulaire à l’aide d’un analyseur Seahorse (OCR/ECAR, paramètres respiratoires, taux de production d’ATP).
Des profils inflammatoires sont évalués via multiplex, et une analyse protéomique des complexes d’IgG est réalisée par spectrométrie de masse.
5. Action des IgG d’EM/SFC sur les mitochondries
Les auteurs rapportent que des IgG provenant d’EM/SFC post-infectieux peuvent induire une fragmentation mitochondriale dans des cellules endothéliales humaines, correspondant à un réseau mitochondrial plus segmenté dans ce modèle.
Cet effet est décrit comme spécifique aux IgG d’EM/SFC dans leurs conditions expérimentales et n’apparaît pas comme une propriété générale de toutes les IgG testées.
6. Hétérogénéité du groupe EM/SFC
Les chercheurs observent une variabilité des effets entre IgG issues de patients EM/SFC. Dans certaines analyses, ils subdivisent même le groupe selon le degré de fragmentation mitochondriale observé.
Ces résultats ne soutiennent pas l’idée d’un profil unique commun à tous les EM/SFC et suggèrent une hétérogénéité biologique dans ce système expérimental.
7. Comment est évalué l’aspect énergétique
Après exposition aux IgG, la respiration mitochondriale est mesurée avec un test Seahorse. Des injections successives permettent de calculer plusieurs paramètres respiratoires.
Les cellules sont aussi étudiées dans différents milieux énergétiques afin d’observer l’influence du substrat sur leur profil métabolique.
8. Ce qui est observé avec des IgG EM/SFC
Les auteurs concluent que les IgG d’EM/SFC modifient certains paramètres d’énergétique cellulaire et que les cellules exposées adoptent un profil métabolique différent dans ce modèle.
Malgré ces adaptations, la capacité globale de génération d’ATP n’est pas rapportée comme effondrée, ce qui oriente l’interprétation vers une modification fonctionnelle plutôt qu’une panne énergétique complète.
9. ATP : ce que l’étude indique
Les comparaisons entre groupes ne montrent pas de différence statistiquement significative concernant la production d’ATP dans ce protocole.
Le message principal est que les IgG peuvent modifier l’architecture mitochondriale et certains paramètres énergétiques sans démontrer une diminution majeure de l’ATP dans ce système expérimental.
10. Test mécanistique : clivage des IgG
Les IgG sont scindées en fragments Fab et Fc. L’effet mitochondrial observé avec l’IgG entière disparaît après clivage.
Cela suggère que l’effet dépend de l’intégrité de l’IgG ou de la formation de complexes, plutôt que de fragments isolés reproduisant à eux seuls le phénomène.
11. Le Fab garde un effet sur l’énergétique
Point subtil du papier : même si la fragmentation mitochondriale disparaît après clivage, les auteurs indiquent que le fragment Fab peut encore modifier l’énergétique cellulaire, avec un profil qui rappelle l’effet de l’IgG intacte sur les mesures métaboliques.
Autrement dit, fragmentation et reprogrammation métabolique ne relèvent pas forcément du même mécanisme. L’article dissocie ces deux dimensions : d’un côté la structure (fragmentation), de l’autre le profil énergétique.
12. Et l’EM/SFC post-Covid sur les mitochondries ?
La fragmentation mitochondriale est attribuée de manière sélective aux IgG des EM/SFC post-infectieux. L’EM/SFC post-Covid est surtout mis en avant pour ses profils cytokiniques et sa protéomique de complexes IgG distincts.
Pour rester fidèle : l’étude ne présente pas l’EM/SFC post-Covid comme copie conforme de l’EM/SFC sur la fragmentation mitochondriale, mais comme un profil différent sur d’autres axes mesurés.
13. Cytokines : sur quel modèle exactement ?
Les cytokines et autres marqueurs inflammatoires sont mesurés via un test multiplex sur des cellules sanguines de donneurs sains exposés aux IgG, et non directement dans le sang des patients ni forcément dans les cellules endothéliales.
On observe ce que les IgG induisent comme sécrétion dans des cellules immunitaires saines en conditions de laboratoire, ce qui permet de comparer des signatures de réponse entre groupes.
14. Cytokines : ce que l’article dit entre EM/SFC et post-Covid
Les résultats indiquent que les IgG d’EM/SFC post-infectieux et d’EM/SFC post-Covid induisent des profils de cytokines distincts dans des cellules sanguines saines.
Même si on parle de syndromes post-infectieux, leurs IgG ne déclenchent pas la même signature inflammatoire dans ce test ; cela soutient l’idée de mécanismes immunologiques partiellement différents dans ce modèle.
15. Protéomique : ce qu’ils trouvent dans les complexes IgG
Les auteurs analysent la composition protéique des complexes liés aux IgG par spectrométrie de masse et rapportent des changements significatifs dans les complexes IgG d’EM/SFC.
Les voies enrichies pointent notamment vers l’organisation de la matrice extracellulaire. Il s’agit d’un signal moléculaire suggéré par la protéomique, et non d’une preuve clinique directe.
16. Protéomique : l’EM/SFC post-Covid se distingue
Pour l’EM/SFC post-Covid, la protéomique des complexes IgG pointe vers des altérations liées à l’hémostase et à la régulation de la coagulation.
C’est une signature issue d’analyses moléculaires qui ne prouve pas des caillots chez tous les patients, mais soutient que le profil post-Covid diffère du profil post-infectieux dans cette analyse.
17. Ce que les auteurs en concluent
Les auteurs proposent que les IgG d’EM/SFC portent une réponse de stress chronique protectrice favorisant une adaptation mitochondriale via fragmentation, sans altérer la capacité de génération d’ATP dans l’endothélium in vitro.
Ils évoquent également un rôle potentiellement pathogène des IgG dans les EM/SFC post-infectieux et une dysrégulation métabolique médiée par anticorps comme piste mécanistique.
18. Ce que ça apporte et les limites à rappeler
L’étude apporte une démonstration expérimentale qu’une partie des IgG ou complexes IgG peut provoquer des changements mitochondriaux et métaboliques mesurables sur endothélium, et que l’EM/SFC post-Covid présente des signatures immuno-moléculaires distinctes.
Limites : tout est réalisé in vitro sur des cellules. On ne peut conclure que sur les effets observés dans ce modèle, avec une variabilité importante entre individus.
Source
Liu, Z., Hollmann, C., Kalanidhi, S., Lamer, S., Schlosser, A., Basens, E. E., Nikolayshvili, G., Sokolovska, L., Riemekasten, G., Rust, R., Bellmann-Strobl, J., Paul, F., Naviaux, R. K., Nora-Krukle, Z., Sotzny, F., Scheibenbogen, C., & Prusty, B. K. (2026).
Immunoglobulin G complexes from post-infectious ME/CFS, including post-COVID ME/CFS disrupt cellular energetics and alter inflammatory marker secretion. Brain, Behavior, & Immunity – Health.
https://doi.org/10.1016/j.bbih.2026.101187