décembre 27, 2025

Auto-anticorps et thérapies ciblées dans le Covid long et l’EM/SFC

Par Clémence

Analyse approfondie d’un article de synthèse – 2025

Article : Autoantibody targeting therapies in post COVID syndrome and myalgic encephalomyelitis/chronic fatigue syndrome
Revue : Expert Opinion on Biological Therapy (avril 2025)
Auteurs : Wohlrab et al. (Charité – Berlin), dont Carmen Scheibenbogen

1. Contexte général : des maladies post-infectieuses complexes

Le Covid long (PCS) et l’encéphalomyélite myalgique / syndrome de fatigue chronique (EM/SFC) font partie des syndromes post-infectieux (PAIS).

Les mécanismes proposés à ce jour incluent :

🔹 dérégulation immunitaire persistante
🔹 inflammation chronique de bas grade
🔹 dysfonctionnement endothélial et microvasculaire
🔹 atteinte du système nerveux autonome
🔹 anomalies mitochondriales et énergétiques
🔹 dysbiose du microbiote
🔹 persistance virale ou de fragments viraux

👉 L’article propose que l’auto-immunité puisse constituer un fil conducteur commun reliant plusieurs de ces mécanismes.

2. Pourquoi les auto-anticorps sont au centre de l’attention

🔹 De nombreuses études montrent une prévalence accrue d’auto-anticorps dans le Covid long et l’EM/SFC

🔹 En particulier :

▪ auto-anticorps dirigés contre des récepteurs du système nerveux autonome
▪ auto-anticorps anti-récepteurs couplés aux protéines G (GPCR)
▪ auto-anticorps β-adrénergiques et muscariniques

🔹 Ces auto-anticorps sont corrélés à la sévérité de symptômes clés :

▪ fatigue
▪ dysautonomie
▪ troubles cognitifs
▪ douleurs
▪ intolérance à l’effort

🔹 Des données expérimentales récentes montrent que :

➡️ le transfert d’IgG de patients Covid long à des souris induit des symptômes analogues (douleurs, baisse d’activité), suggérant un rôle causal potentiel.

⚠️ Toutefois, les auteurs rappellent que :

▪ corrélation ≠ causalité
▪ tous les patients ne présentent pas ces auto-anticorps
▪ l’hétérogénéité interindividuelle est majeure

3. Aucune thérapie causale validée à ce jour

À l’heure actuelle :

🔹 aucun traitement ciblé n’est approuvé pour le Covid long ou l’EM/SFC
🔹 la prise en charge reste symptomatique
🔹 les essais thérapeutiques ont donné des résultats hétérogènes et parfois contradictoires

👉 Malgré cela, les thérapies ciblant les auto-anticorps représentent l’une des pistes les plus activement explorées.

4. Analyse détaillée des stratégies thérapeutiques étudiées

🔹 Rituximabdéplétion des lymphocytes B (anti-CD20)
▪ Cible les lymphocytes B naïfs, matures et mémoires
▪ Essais de phase II EM/SFC : résultats encourageants
▪ Essai de phase III (RituxME) : résultat négatif

Les auteurs soulignent plusieurs limites majeures :
▪ absence de sélection des patients selon leur profil immunologique
▪ hétérogénéité physiopathologique de l’EM/SFC
▪ différences de doses et de protocoles

👉 Conclusion : potentiel réel chez un sous-groupe, mais échec en population non stratifiée.

🔹 Efgartigimod – inhibition du FcRn
▪ Réduit la durée de vie des IgG circulantes
▪ Utilisé avec succès dans certaines maladies auto-immunes (myasthénie, ITP)

Essai de phase II dans le Covid long avec POTS :
▪ pas d’amélioration clinique significative
▪ patients non sélectionnés selon la présence d’auto-anticorps
▪ effectif limité

👉 Résultat jugé non concluant, mais non définitif.

🔹 Daratumumab – ciblage des plasmocytes (anti-CD38)
▪ Cible les plasmablastes et plasmocytes producteurs d’auto-anticorps
▪ Utilisé en hématologie (myélome multiple)

Étude pilote en cours dans l’EM/SFC (Norvège) :
▪ objectif principal : sécurité et tolérance
▪ premiers signaux positifs sur la qualité de vie

👉 Données encore préliminaires, pas de conclusion d’efficacité possible à ce stade.

🔹 Immunoadsorption (IA)
▪ Élimination mécanique des immunoglobulines pathogènes
▪ Approche déjà utilisée dans certaines maladies auto-immunes sévères

Données disponibles :
▪ études observationnelles positives
▪ amélioration de symptômes clés et de la force musculaire
▪ baisse mesurable des auto-anticorps ciblés

Limites :
▪ effet souvent temporaire
▪ procédure lourde, coûteuse et spécialisée
▪ absence actuelle d’essais contrôlés robustes

👉 Plusieurs études contrôlées sont attendues en 2025.

🔹 BC007 / Rovunaptabin – neutralisation directe des auto-anticorps GPCR
▪ Aptamère ciblant spécifiquement les auto-anticorps GPCR
▪ Approche innovante (sans activation immunitaire via Fc)

Résultats :
▪ premiers essais : améliorations modestes
▪ essai de phase II plus large : critère principal non atteint

👉 Résultats contradictoires, efficacité non démontrée à ce jour.

🔹 Immunoglobulines intraveineuses (IVIG)
▪ Effets immunomodulateurs multiples
▪ Neutralisation possible d’auto-anticorps
▪ Modulation des cellules B et T

Données récentes Covid long :
▪ amélioration de la fatigue
▪ amélioration du « brain fog »
▪ bénéfices dans la neuropathie des petites fibres et la dysautonomie

Limites :
▪ études observationnelles
▪ absence d’essais randomisés contrôlés
▪ nécessité d’une sélection des patients

5. Message central des auteurs (expert opinion)

🔹 Les résultats soutiennent l’idée que les auto-anticorps jouent un rôle chez une partie des patients, pas tous
🔹 Les essais négatifs s’expliquent probablement par :

▪ l’absence de biomarqueurs de sélection
▪ la grande hétérogénéité des maladies post-infectieuses

🔹 Les auteurs insistent sur la nécessité de :

▪ identifier des biomarqueurs immunologiques pertinents
▪ sélectionner les patients selon leur profil auto-immun
▪ concevoir des essais cliniques ciblés et stratifiés

6. Perspectives thérapeutiques futures

L’article évoque également des pistes émergentes :

🔹 nouveaux anticorps anti-CD20 de nouvelle génération (meilleure tolérance)
🔹 anticorps anti-CD19 (ciblant plus largement la lignée B)
🔹 thérapies cellulaires de type CAR-T anti-B dans certaines maladies auto-immunes
🔹 stratégies combinées basées sur la réponse à l’immunoadsorption

👉 Objectif : réinitialisation immunitaire ciblée, et non suppression aveugle.

7. Conclusion générale

Cet article confirme que :

🔹 l’auto-immunité est une piste biologiquement crédible dans le Covid long et l’EM/SFC
🔹 les auto-anticorps pourraient être pathogènes chez un sous-groupe bien défini de patients
🔹 l’échec de nombreux essais vient surtout d’une mauvaise stratification des patients

👉 Les thérapies ciblant les auto-anticorps ne sont pas une solution universelle, mais pourraient devenir pertinentes dans une médecine de précision adaptée aux profils biologiques.

Source

Wohlrab, F., Eltity, M., Ufer, F., Paul, F., Scheibenbogen, C., & Bellmann-Strobl, J. (2025). Autoantibody targeting therapies in post COVID syndrome and myalgic encephalomyelitis/chronic fatigue syndrome. Expert Opinion On Biological Therapy, 25(5), 467‑471. https://doi.org/10.1080/14712598.2025.2492774