décembre 9, 2025

Ce que révèle la nouvelle analyse génétique de l’EM (Projet LOCOME)

Par Clémence

Pourquoi cette étude (préprint) a été lancée

Depuis des années, la recherche génétique sur l’EM n’arrive pas à dégager de résultats solides. Les études classiques testaient les gènes un par un, et presque rien ne ressortait. Les chercheurs en arrivaient à la conclusion que l’EM devait être beaucoup plus complexe qu’une maladie « un gène → un problème ».

Le projet LOCOME a été financé pour changer cette situation. Il réunit PrecisionLife, des associations de patients et l’équipe DecodeME, afin d’utiliser de nouvelles méthodes capables de repérer ce que les anciennes analyses manquaient. DecodeME a permis de réunir plus de 21 000 personnes ayant un diagnostic d’EM, ce qui est une taille jamais atteinte auparavant. Avec une cohorte aussi grande, il devient possible de repérer des signaux faibles mais répétitifs, qui peuvent aider à comprendre la maladie.

Ce que cette nouvelle méthode change

Au lieu de regarder un gène à la fois, les chercheurs analysent des combinaisons de petites variations ADN. Ce type d’analyse est plus adapté aux maladies où beaucoup de facteurs génétiques s’additionnent plutôt que d’agir seuls. L’idée est donc de chercher des « empreintes » génétiques de la maladie, formées de petites pièces qui, ensemble, augmentent légèrement le risque.

Ce que l’étude a trouvé

L’étude a mis en évidence 22 411 combinaisons génétiques liées à un risque plus élevé d’EM. Elles impliquent 7 555 variations ADN et 2 311 gènes. C’est un résultat massif, qui montre clairement que l’EM n’est pas liée à un seul problème biologique, mais à une accumulation de nombreux petits éléments.

Ce résultat confirme également que l’EM est très poly-génique. Aucun élément génétique n’explique la maladie à lui seul, mais plus une personne possède de signatures, plus son risque augmente. Dans une cohorte complètement indépendante, les chercheurs observent que les personnes qui ont les 10 % de signatures les plus nombreuses ont 1,64 fois plus de risque d’être atteintes que celles qui en ont très peu.

Ce que cela nous apprend sur la maladie

En rassemblant toutes ces signatures, les chercheurs ont mis en évidence 259 gènes particulièrement importants. Ils appartiennent à des domaines déjà proposés dans d’autres recherches sur l’EM mais cette fois-ci avec une preuve génétique très large. Ces gènes sont liés à la signalisation nerveuse, aux réponses immunitaires, au stress cellulaire, à la gestion de l’énergie et au calcium intracellulaire. Cela confirme que l’EM touche plusieurs systèmes biologiques en même temps.

Un lien clair avec certaines formes de COVID longue

Les chercheurs ont aussi comparé les gènes de l’EM avec ceux identifiés dans la COVID longue. Parmi les 180 gènes associés à la COVID longue dans l’étude All of Us, 76 apparaissent aussi dans l’EM. Ce recoupement est suffisamment fort pour suggérer des mécanismes partagés, sans pour autant dire que les deux maladies sont identiques. Cela indique simplement qu’un certain nombre de voies biologiques touchées dans ces conditions post-infectieuses se recoupent.

Ce que cela apporte pour les personnes atteintes d’EM

Cette étude confirme que l’EM est une maladie biologique, avec des fondements génétiques mesurables et reproductibles sur de très grands échantillons. Elle montre aussi que les voies touchées correspondent aux symptômes vécus par les patients : fatigue profonde, troubles cognitifs, intolérance à l’effort, dysrégulation nerveuse et immunitaire. Elle ouvre également la possibilité d’identifier des sous-groupes de patients présentant des mécanismes différents, ce qui pourrait, à long terme, aider à orienter vers des traitements mieux ciblés.

Les limites à garder en tête

Les auteurs indiquent plusieurs limites. Les gènes identifiés montrent des associations mais ne prouvent pas de causalité directe. Les résultats proviennent d’une population majoritairement européenne, ce qui peut limiter leur généralisation. La maladie reste très complexe, avec plus de 2 300 gènes impliqués. Enfin, même si certains gènes correspondent à des médicaments existants, aucune conclusion thérapeutique ne peut être tirée sans validations biologiques et essais cliniques.

En résumé

Cette étude montre que l’EM est largement poly-génique, qu’elle implique plusieurs systèmes biologiques en même temps et qu’elle partage des mécanismes avec certaines formes de COVID longue. Elle confirme aussi que la maladie n’est pas psychologique ni vague : elle a une base biologique mesurable et reproductible. Cependant, la complexité observée implique que beaucoup de travail reste nécessaire pour transformer ces résultats en traitements.

Source

Sardell, J. M., Das, S., Pearson, M., Kolobkov, D., Malinowski, A. R., Fullwood, L. M., Sanna, M., Baxter, H., McLellan, K., Natt, M., Lamirel, D., Chowdhury, S., Strivens, M. A., & Gardner, S. (2025). Identification of novel reproducible combinatorial genetic risk factors for myalgic encephalomyelitis in the DecodeME patient cohort and commonalities with long COVID (Version 2) [Preprint]. medRxiv. https://doi.org/10.64898/2025.12.01.25341362