Une réponse post-exercice maladaptative dans l’EM/SFC : ce que révèle l’étude protéomique de 2025
Cette étude protéomique de 2025 (Germain & Hanson, Cornell University) analyse plus de 6 300 protéines chez des personnes atteintes d’EM/SFC et des témoins soumis à deux tests d’effort. Son objectif est de caractériser la réponse biologique post-exercice et d’identifier les mécanismes associés au Malaise Post-Effort. Voici les principaux résultats, présentés de manière structurée et accessible.
🩵 L’essentiel
🔷 Une étude inédite : plus de 6 300 protéines analysées chez 79 malades EM/SFC et 53 témoins, avant et après deux tests d’effort à 24 h d’intervalle.
🔷 Aucune différence au repos : le sang des malades et des témoins est similaire en basale. Les dysfonctionnements n’apparaissent que après un stress physiologique.
🔷 Le basculement à 24 h : c’est lors de la récupération (D2PRE) que tout change. Les malades montrent des centaines de protéines altérées : immunité, énergie, muscles, neurologie.
🔷 Muscles affectés : baisse de protéines clés de structure et contraction (MYBPC1, KLHL41, MYL3), suggérant un stress musculaire prolongé.
🔷 Stress neuro-immun : augmentation de protéines neuronales (ex. CBLN4), potentiellement reliée au brouillard cognitif, aux migraines et à l’hypersensibilité.
🔷 Métabolisme dérégulé : les malades basculent vers la glycolyse (métabolisme anaérobie), signe d’un déficit énergétique.
🔷 Immunité affaiblie : voies T, B, IL-17 fortement diminuées chez les malades, alors qu’elles se normalisent chez les témoins.
🔷 Signalisation cellulaire perturbée : MAPK, mTOR, PI3K-Akt, synapse cholinergique, canaux TRP… un désordre systémique après effort.
🔷 Différences hommes/femmes : chez les femmes EM/SFC, plus de 3 400 protéines sont altérées en récupération (contre 21 chez les femmes témoins).
🔷 Corrélations symptômes-protéines : la douleur, les ganglions sensibles, le mal de gorge, la faiblesse physique correspondent à des signatures biologiques précises.
🔷 Limites : pas de patients sévères, peu d’hommes malades, prélèvements post-effort très précoces, cohorte pré-COVID.
🔷 Conclusion : l’EM/SFC montre une réponse post-exercice maladaptative, durable, dérégulée et intégrée. C’est une signature moléculaire claire du MPE.
Une étude clé
Cette étude est la plus vaste analyse protéomique dans l’EM/SFC : 132 participants, dont 79 malades répondant aux critères canadiens, et 53 témoins sédentaires. Plus de 6 300 protéines ont été mesurées avant et après deux tests d’effort réalisés à 24 heures d’intervalle. L’objectif : comprendre comment le corps réagit au stress physiologique et pourquoi les malades développent un Malaise Post-Effort (MPE). L’approche longitudinale permet d’observer l’adaptation — ou la maladaptation — du corps à l’exercice.
Le protocole
Tous les participants ont réalisé un test d’effort maximal, puis un second le lendemain. Quatre prises de sang ont été réalisées : juste avant et juste après chaque test. Ce protocole est conçu pour déclencher un MPE chez les malades. Les variations immédiates et les effets retardés peuvent ainsi être capturés. Les témoins sont volontairement sédentaires pour éviter le biais du conditionnement physique. Les patients sévères ne sont pas inclus, car incapables de réaliser deux efforts maximaux — une limite importante.
Au repos
Au repos, aucune protéine n’est significativement différente entre les malades et les témoins après correction statistique. Cela confirme un élément crucial : l’EM/SFC n’apparaît pas dans le sang en conditions basales. Les anomalies émergent uniquement lorsque le corps est soumis à un stress. Cette absence de signature au repos n’est pas une faiblesse de l’étude : elle met en évidence que le dysfonctionnement clé de l’EM/SFC est post-exertionnel, et non basal.
Le basculement
Le moment où les différences explosent est la récupération 24 h après le premier effort (D2PRE), période où les patients commencent à ressentir le MPE. Les variations protéiques deviennent massives : altérations immunitaires, métaboliques, musculaires et neuronales. Chez les témoins, la récupération est nette et coordonnée. Chez les malades, elle est chaotique et prolongée. Cette divergence temporelle est l’un des résultats les plus frappants : l’EM/SFC se manifeste par une incapacité du corps à revenir à l’homéostasie après un stress.
Muscle
Trois protéines musculaires majeures (MYBPC1, KLHL41, MYL3), impliquées dans la contraction, la stabilité et la structure des fibres, diminuent significativement chez les malades 24 h après effort. Cette baisse n’existe pas chez les témoins et suggère une perturbation du muscle en récupération, voire une vulnérabilité structurelle. L’effort semble provoquer un stress musculaire prolongé, sans mécanismes de réparation efficaces — cohérent avec la faiblesse musculaire et la lourdeur ressenties pendant le MPE.
Cerveau
Certaines protéines d’origine neuronale, comme CBLN4, augmentent spécifiquement chez les malades pendant la récupération. CBLN4 est impliquée dans la formation des synapses et la communication neuronale. Sa hausse reflète un stress neuro-immun ou une perturbation synaptique induite par l’effort. Ces modifications peuvent être liées aux troubles cognitifs, à l’hypersensibilité sensorielle ou au “crash cérébral” décrit dans le MPE.
Métabolisme
La seule voie métabolique augmentée chez les malades est la glycolyse, signe d’un recours croissant au métabolisme anaérobie lorsque la production d’énergie mitochondriale ne suit plus. Les témoins, eux, utilisent de manière cohérente les voies métaboliques oxydatives. Ce basculement forcé vers la glycolyse est un marqueur d’un métabolisme énergétique stressé, cohérent avec les résultats métabolomiques de la même cohorte (Moreau et al.).
Immunité
Plusieurs voies essentielles de l’immunité adaptative — récepteur T, récepteur B, IL-17 — sont fortement diminuées 24 h après l’effort chez les malades. Chez les témoins, ces voies se normalisent. Cette suppression immunitaire post-exercice indique que les malades ne parviennent pas à mobiliser correctement ni à récupérer leur immunité adaptative, ce qui correspond aux symptômes pseudo-infectieux, ganglions sensibles et douleurs inflammatoires du MPE.
Signalisation
Des voies majeures de signalisation cellulaire (MAPK, mTOR, PI3K-Akt, Ras, synapse cholinergique, canaux TRP) sont perturbées spécifiquement chez les malades. Ces voies gèrent la perception sensorielle, la douleur, la réponse au stress, la régulation énergétique et la communication cellulaire. Leur dérégulation simultanée reflète une perte de coordination systémique, donnant un tableau de désordre post-stress caractéristique de l’EM/SFC.
Récupération
Les témoins montrent un retour rapide et ordonné à la normale après l’effort. À l’inverse, les malades présentent une réponse prolongée, désorganisée et incohérente. La récupération est le point où l’EM/SFC se démarque le plus fortement : l’effort laisse une empreinte moléculaire durable et pathologique. C’est une preuve que le MPE est un événement biologique mesurable, pas une perception subjective.
Sexe
Les femmes EM/SFC montrent 3 425 protéines modifiées durant la récupération, contre seulement 21 chez les femmes témoins. Chez les hommes EM/SFC, seulement 3 protéines changent — mais cette analyse est limitée par le faible nombre d’hommes malades (n=18). La réponse à l’effort semble clairement sex-dépendante. L’étude souligne la nécessité absolue de stratifier l’EM/SFC par sexe dans la recherche future.
Témoins
Chez les témoins, les voies activées après l’effort sont cohérentes : réponse des neutrophiles, complément, cytokines, glycosylation, signalisation cellulaire. Leurs trajectoires sont prévisibles et adaptatives. Cela montre que leur organisme gère normalement le stress de l’effort. Ce cadre de référence rend les anomalies des malades encore plus évidentes : leur réponse n’est pas seulement différente, elle est maladaptée.
Neurologie
Chez les malades, plusieurs voies impliquées dans la douleur, la cognition et la régulation sensorielle sont perturbées : axon guidance, Eph-Ephrin, synapse cholinergique, canaux TRP. Ces voies modulent la transmission neuronale, la perception de la douleur, le traitement sensoriel et l’équilibre neuro-immun. Leur dérèglement peut expliquer l’hypersensibilité, le brouillard cognitif, les migraines et la surcharge sensorielle du MPE.
Performance
Des protéines sont associées au VO₂max et au seuil anaérobie. Chez les malades, HNF4A est systématiquement liée à une performance réduite, tandis que HK3 et GPX3 sont associées à une meilleure forme métabolique. Ce lien entre capacité physique, régulation énergétique et réponses immunitaires suggère que l’EM/SFC implique une perturbation profonde des mécanismes adaptatifs de l’exercice.
Symptômes
Certaines variations protéiques correspondent directement aux symptômes : douleur musculaire (CRPPA, NCAM1), ganglions sensibles, mal de gorge (DBI), baisse du score physique (TNFSF4) ou MPE récent. Ces corrélations montrent que les symptômes ne sont pas “subjectifs” : ils sont accompagnés de signatures biologiques précises. Chez les témoins, ces corrélations n’existent presque pas.
Femmes
Chez les femmes EM/SFC, 154 corrélations protéines-symptômes sont significatives. Les vias impliquées concernent les interleukines, l’angiogenèse, l’immunité et la matrice extracellulaire. Cette densité de corrélations renforce l’idée que la réaction post-effort est plus intense et plus dérégulée chez les femmes, ce qui pourrait contribuer à la sévérité des MPE féminins.
Limites
Cette étude n’inclut pas les patients sévères/incapables d’effort ; l’analyse chez les hommes EM/SFC est limitée par un effectif faible ; les prélèvements post-effort sont réalisés tôt (15–20 minutes) ce qui peut manquer des dérégulations plus tardives ; l’étude ne mesure pas directement les mitochondries ou les cytokines classiques ; et la cohorte est pré-COVID. Ces limites ne remettent pas en question la force principale : la signature post-exercice est robuste, cohérente et spécifique à l’EM/SFC.
Conclusion
Les analyses montrent que, contrairement aux témoins, les personnes atteintes d’EM/SFC ne récupèrent pas normalement après un effort. Au lieu d’activer des réponses adaptatives, leurs voies immunitaires, métaboliques, musculaires et neurologiques évoluent de manière prolongée et désorganisée. Cette étude met ainsi en évidence une réponse post-exercice maladaptative, signature moléculaire claire du MPE, et souligne l’intérêt d’approches post-effort pour mieux comprendre et diagnostiquer la maladie.
Source
Germain, A., Glass, K. A., Eckert, M. A., Giloteaux, L., & Hanson, M. R. (2025). Temporal dynamics of the plasma proteomic landscape reveals maladaptation in ME/CFS following exertion. Molecular & Cellular Proteomics, 24(1), 101467. https://doi.org/10.1016/j.mcpro.2025.101467
Top 👍🏻 merci beaucoup 🙏🏻🙏🏻
C’est vraiment réaliste sur bcp de points
Merci à toi pour ton retour 😊